Seuls les observateurs les plus attentifs du paysage industriel lausannois l'auront remarqué: Matisa SA a construit ces derniers mois deux nouvelles halles de production sur son site de Crissier.
Seuls les observateurs les plus attentifs du paysage industriel lausannois l'auront remarqué: Matisa SA a construit ces derniers mois deux nouvelles halles de production sur son site de Crissier.
Le constructeur de machines pour le montage et l'entretien des voies ferrées connaît une croissance « modeste mais positive », depuis deux ou trois ans, comme le reconnaissent l'administrateur-délégué Rainer von Schack et le directeur du marketing Jörg Marbach.
Quelle est la situation de Matisa aujourd'hui ? Nous profitons de la renaissance du chemin de fer en Europe. A l'Est et en Asie, de nombreux pays émergents misent sur le rail pour leur développement. Ce sont des opportunités gigantesques, même si chaque contrat demande des années de préparation avant d'aboutir.
Comment vous situez-vous par rapport à vos concurrents ? Avec un chiffre d'affaires annuel d'environ 100 millions de francs, nous sommes le numéro deux mondial, loin derrière l'autrichien Plasser qui propose une gamme de produits plus étendue. Matisa doit combler cette différence de taille par des produits sophistiqués, des spécialités techniques et des prestations de qualité. Le marché pour ce type de matériel est tout de même assez limité, avec des ventes de l'ordre de 1 milliard de francs par an.
Quels sont vos atouts ? Notre technique exclusive de bourrage « elliptique », qui permet de mieux tasser le ballast et de diminuer la fréquence de l'entretien. Nous avons aussi développé, en collaboration avec les CFF et la société Müller AG, un système de mesure et de guidage de nos machines (PALAS) par laser. La SNCF a réalisé des essais très concluants sur une ligne TGV. Nous sommes aussi très souples, car nous fabriquons nous-mêmes nos machines de A à Z, à l'exception des moteurs, des essieux ou des vérins. Cela nous permet de livrer du surmesure et de garantir la qualité la plus élevée.
L'innovation joue un grandrôle chez Matisa.? Elle est capitale pour une entreprise suisse spécialisée dans le haut de gamme, qui est souvent un peu plus chère que ses concurrents. Nous devons apporter un plus au niveau de la technique, du service, de la flexibilité, de l'individualisation du produit. Avec chaque machine, nous garantissons une performance et une disponibilité. Outre les efforts de notre bureau d'études, une collaboration étroite et un retour d'informations avec les utilisateurs sont très importants.
Quels sont vos principaux marchés ? L'Europe, le Japon, la Chine. Nous avons signé d'importants contrats en Angleterre pour des bourreuses, des machines qui mesurent la géométrie de la voie, l'alignent et tassent le ballast, et des trains de renouvellement de la voie. Avec une infrastructure laissée à l'abandon pendant vingt-cinq ans, l'Angleterre a le plus gros potentiel en Europe. La Chine représente aussi un marché fantastique. Ce pays investit massivement dans les chemins de fer et les métros. Nous leur avons déjà livré trois machines ces dernières années.
Vous faites aussi des machines pour les métros ? Seulement des véhicules de mesures, pour le moment. C'est un domaine très particulier, avec des gabarits étroits, des courbes serrées, des pentes raides. Mais nous avons un savoir-faire avec les lignes de montagne qui présentent certaines analogies. Il y a là un potentiel pour nous. Nous allons livrer en 2006 une locomotive de chantier et de dépannage pour le M2 lausannois. Ce sera notre premier véhicule circulant sur pneus.
Et le marché suisse ? Nous vendons l'essentiel de notre production à l'étranger. En Suisse, nos principaux clients sont les entreprises spécialisées comme Scheuchzer, Müller ou Membrez, qui sont mandatées par les chemins de fer pour monter et entretenir leurs voies.
Quelles sont vos relations avec les CFF ? Elles ne sont pas encore au niveau que nous souhaitons et nous espérons les développer à l'avenir. Actuellement, nous avons un contrat pour la livraison de 20 wagons à plateau basculant pour le transport des aiguillages. Ce matériel révolutionne l'installation des branchements qui peuvent être montés directement en usine. C'est une première mondiale.
La disparition de l'industrie ferroviaire en Suisse est-elle un handicap ? Non, car elle ne nous livrait pas grand-chose. Il y a peut-être une niche pour nous avec les tracteurs de chantier. Mais il y a actuellement une tendance en Suisse à acheter systématiquement à l'étranger pour montrer que le marché est ouvert.
Matisa en bref Structure: SA (non cotée)
filiale d'une holding internationale.
Fondation:1945.
Siège: centre opérationnel à Crissier.
Implantations: représentations sur les principaux marchés (Italie, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne, Japon).
Effectifs: 450 personnes, dont 350 en Suisse.
Produits: bourreuses (compactage du ballast), véhicules de mesure, trains de pose et de renouvellement de la voie, dégarnisseuses-cribleuses, régaleuses, wagons de transport d'aiguillages, véhicules de service.