glappey Rang: Administrateur


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| Sujet: Les Suisses adorent prendre le train. Portrait de fous du ra Sam 24 Fév 2007 - 12:42 | |
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Les Suisses adorent prendre le train. Portrait de fous du rail
-------------------------------------------------------------------------------- RAIL Les Helvètes sont les Européens qui voyagent le plus par le rail. En 2005, chacun d’eux a emprunté 42 fois le chemin de fer. Seuls les Japonais font mieux, avec 68 courses. Rencontre de deux passionnés.
© 24 heures 24 février 2007 auteur:ANTOINE GROSJEAN source:www.24heures.ch
Publié le 24 février 2007
 ANTOINE GROSJEAN- UN TRAIN NOMMÉ PASSION: Jacques ne se lasse pas de prendre le train et de refaire les mêmes trajets. Ici, on le voit dans le Montreux-Oberland bernois (MOB), dans une voiture à l’ancienne.
Jacques vit à 200 km/h, la vitesse d'une locomotive lancée à pleine allure. Depuis plus de trente ans, il sillonne le pays en train pour prendre des photos de tout ce qui roule sur rails. «Je ne suis jamais très loin du chemin de fer», avoue ce ferroviphile quinquagénaire. «Je suis né près d'une gare, j'habite près d'une gare et je mourrai près d'une gare.» Tout comme l'objet de sa passion, il est difficile de l'arrêter une fois lancé, intarissable qu'il est sur le sujet. Mais la sonnerie du portable l'interrompt. A l'affût sur le quai de la gare de Lausanne, appareil photo avec énorme téléobjectif au cou, il attend un coup de fil d'un de ses indics. «Elle est à Renens? Merci.» Elle? Une locomotive des CFF parée d'une toute nouvelle publicité. Jacques veut être le premier à avoir sa photo sur son site internet ( www.railsuisse.ch ).
Quelques instants plus tard, telle une star, la locomotive fait son entrée en gare. Jacques mitraille. A son actif, il a déjà plusieurs milliers de clichés. Son défi du moment: photographier les 120 locomotives de modèle Ae6/6 roulant en Suisse, avant qu'elles ne soient toutes parties à la casse. «Il ne m'en manque que deux.» Il connaît le «CV» de chacune d'entre elles, l'année de sa mise en service, sa fiche technique, les accidents qu'elle a eus, etc. Et ne rechigne pas à se déplacer pour assouvir sa passion. «Une fois, j'ai fait neuf heures de train pour une photo.»
Le «chant» du train
Plus tard, dans le train de la Gruyère, le plaisir de Jacques est palpable. «Regardez tout ce qu'on voit!», s'extasie-t-il en montrant les montagnes, la forêt. «On est bien plus détendus que dans une voiture. Et puis, dans le train, on fait des rencontres.» Observant la cabine du conducteur à travers une porte vitrée, notre fou du rail ne perd pas une miette des manœuvres, d'autant qu'il connaît le trajet par cœur. «Là, il devrait siffler… Là, on arrive à la fameuse descente sur Romont.»
Dans une courbe, on entend le grincement caractéristique qui ravit tant les aficionados, quand le train «chante». «Au Gotthard, on essaie de reconnaître les machines au bruit, de savoir si c'est un train de marchandises ou de passagers. Chacun a sa signature.»
Cette passion du train dure depuis l'enfance. «Mes parents n'avaient pas de voiture. Ce sont eux qui m'ont donné le goût du rail. Pour moi, c'était l'évasion. A l'époque, on pouvait encore se pencher aux fenêtres.» Jacques aurait voulu être contrôleur. Son père préférait qu'il soit employé de banque. Mais il ne regrette rien. Surtout que l'amour du rail l'a mené à l'amour tout court. «J'ai rencontré mon amie sur un quai de gare, le 19 septembre 2005 à 16 h 13», raconte-t-il avec la précision d'un train suisse. Sa passion l'a aussi mené à un paradoxe politique: «Je suis de droite, mais pour les questions de transports publics, je vote à gauche.»
Reste un rêve à réaliser et pour lequel Jacques joue toutes les semaines à Euromillions. «Le jour où je gagne, je me paie mon propre train.»
«La fascination d’un objet mobile»
CAROLINE ZUERCHER
 PASCAL FRAUTSCHI- ORIGINAL: Vincent Kaufmann, professeur de mobilité à l’EPFL, l’avoue, son goût pour les périples en train «pourrait susciter l’incompréhension. Mais il assume sans honte.
Vincent Kaufmann découvre sans surprise que les Suisses sont champions d'Europe des voyages en train. «Le système fédéral a tendance à nous sédentariser, explique ce professeur de mobilité à l'EPFL. L'école, par exemple, change d'un canton à l'autre. Alors, quand les parents trouvent du travail ailleurs, ils évitent de déménager.» Le Genevois avance une autre particularité helvétique: le localisme exacerbé, qui pousse chacun à rester dans sa ville. «Et en plus, on a un excellent système ferroviaire, avec des horaires très simples et fixes», conclut-il.
Vincent Kaufmann habite à Vernier et travaille à Lausanne. Parfois, il effectue ce trajet en voiture, car il aime tous les moyens de transport. Dans les trains, le trentenaire s'est fait des copains au café-restaurant, comme cet habitué du Genève-Berne. Il aime les rencontres au hasard du TGV, parce qu'«avec des gens qu'on ne reverra jamais, on a une liberté de ton particulière», et apprécie de travailler dans un Intercity, dont l'agitation l'aide à se concentrer.
Il ne se prend pas trop au sérieux, ce prof d'EPFL. Il raconte sa passion en riant, et en sachant qu'il risque de «susciter l'incompréhension». Il y a un côté irrationnel, «cette fascination de gamin face à un objet qui peut se mouvoir». Parfois, il prend le train juste pour le plaisir. Et s'évade en France, avec son fils aîné ou des amis. «Les trains fonctionnent parfaitement en Suisse, explique-t-il. Mais ils n'offrent pas d'aspérités, ni de fantaisie.»
«Certaines personnes cherchent le dépaysement sous les Tropiques. Moi, je le trouve sur des petites lignes.» Et de raconter le bruit des rails courts (le fameux ta-ta-ta) qu'on entend encore à Annemasse, l'herbe au milieu des voies, les odeurs particulières. Les machines patinées par le temps, les horaires qui ne sont pas respectés, la formule menu du soir dans un restaurant vide… «Tout cela a une certaine authenticité», résume-t-il.
Son récit est rythmé par des noms de gares improbables et des trajets «qui mènent de rien à nulle part». Il y a cette fois où son fils a pu conduire un convoi. Et celle où un mécanicien a fait marche arrière pour ramener une passagère endormie. «Les vieux engins, c'est un peu comme s'ils incitaient à la confidence… Quand il fait chaud, qu'on a des décibels plein les oreilles, cela crée une atmosphère décisive pour les rapports humains.»
Et vous, qu’en pensez-vous? Aimez-vous le train… un peu, beaucoup, passionnément ou ne l’aimez-vous pas du tout? |
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